BLOGUE DÉTAIL

15 juil.

Blogue-Photo

3 choses au sujet des semences indigènes que les professionnels de l’aménagement devraient savoir.

Bulletin technique

Étiquette

Si vous êtes un professionnel de l’aménagement ou si vous êtes appelés à proposer ou utiliser des semences indigènes dans le cadre de projets d’aménagement ou de restauration écologique, il y a un certain nombre de choses que vous devriez savoir et qui vous permettront de mieux comprendre les spécificités de ce genre de produit. Dans ce bulletin, nous avons regroupé les principaux éléments qui font que les semences indigènes sont à la fois géniales et particulières. Prenez donc le temps de parcourir les cinq points d’information suivants, afin de maitriser davantage le sujet.

melange-4

 

1. Pourquoi est-ce plus cher?

L’industrie de la semence de plantes s’est développée fondamentalement via deux pôles, d’abord la semence agricole alimentaire ou fourragère, puis la semence à gazon. Ces deux secteurs ont perfectionné l’art de produire un maximum de graines dans d’immenses champs de culture. De plus, ce type de culture permet la récolte mécanisée à l’aide de moissonneuses et les équipements de nettoyage de semences atteignent des rendements impressionnants. Résultats, ces deux types de semences sont disponibles en abondance, à de très faibles coûts. Dans un tout autre ordre de grandeur, les semences de plantes indigènes sont plus rarement produites en champs. Lorsqu’elles le sont, les superficies sont plus modestes et la variabilité des formes de semences et de périodes de murissement rendent les récoltes plus complexes. En effet, il n’est pas toujours possible de récolter d’un seul coup la production de semences sans affecter grandement les rendements. Il est alors plus intéressant de procéder à des récoltes échelonnées et celles-ci se font manuellement. Encore bien souvent, les récoltes s’effectuent sur des populations en milieu naturel (selon un code d’éthique approprié, naturellement) et cela est avantageux afin d’obtenir des semences adaptées à notre climat et possédant un bagage génétique diversifié. Par contre, parcourir efficacement les champs, les marais et les forêts pour faire des récoltes exige du temps, des connaissances et toute une logistique.

recoltes-brutes_4090

Des semences de format variées exigent des opérations plus complexes de nettoyage. Lorsque l’on compare ces deux univers de production de semences, il est facile de comprendre que les semences indigènes, produites en volume relativement retreint, récoltées à la main et nettoyées de façon plus ou moins artisanale coûtent beaucoup plus cher à produire que des semences à gazon. Par contre, il est évident que ces deux produits sont bien différents dans leur essence et leur destiné.

 2. Indigène bien entendu, mais local ou pas?

Les plantes indigènes du Québec peuvent être indigènes ailleurs en Amérique du Nord ou dans le monde. Elles peuvent aussi être cultivées ailleurs, sans pour autant être indigènes. Pensons à la verge d’or, une plante typique de la flore de notre continent, celle-ci est exotique en Europe, néanmoins cultivée là-bas notamment pour la confection de produits de naturopathie, mais parfois aussi pour ses semences. Ainsi, les aménagistes gagnent à utiliser non pas seulement des semences indigènes, mais plus spécifiquement des semences locales. Des populations éloignées d’une même espèce tendent à développer une génétique spécifique adaptée au lieu d’habitat. Les semences d’espèces indigènes cultivées à l’étranger ne sont donc pas toujours aussi bien adaptées à notre climat. Parfois, il peut paraitre astucieux de se procurer des semences meilleur marché au Colorado, en Pennsylvanie ou en Allemagne, mais si les plantes qui en résultent sont moins rustiques, cela est loin d’être un avantage.

 3. Pourquoi ça ne germe pas uniformément?

Depuis des décennies, notre expérience de semis se concentre sur la production agricole et le semis de pelouse. Nous avons donc l’habitude de voir germer rapidement des graminées sélectionnées pour leur vigueur et leur uniformité. Lorsque l’on utilise des semences indigènes, même pour des mélanges constitués à 100 % de graminées, il est impossible d’obtenir un résultat similaire et de nombreux clients nous font part de leur inquiétude en voyant lever timidement leurs semis indigènes. La germination de semences indigènes est davantage échelonnée dans le temps, car ces semences n’ont jamais été sélectionnées dans un objectif de performance. Cela n’empêche pas qu’elles soient bien souvent mieux adaptées au contexte et qu’une fois établies, elles surpassent en efficacité les mélanges couvre-sol traditionnels.

rendement

Les attentes doivent correspondre à la biologie des espèces. Ici, un très beau résultat qui pourrait pourtant décevoir un client qui s'attend à un résultat digne d'une pelouse. La clé: mieux informer. Un autre phénomène d’importance entre en jeu et il s’agit d’un mécanisme particulièrement astucieux du point de vue évolutif. Sous notre climat, les semences de plusieurs plantes indigènes murissent en cours d’été et tombent au sol à la fin de la saison ou à l’automne. Ce n’est pourtant pas le moment adéquat pour germer! La nature a donc doté ces plantes d’un mécanisme de germination à retardement et ces graines ne montreront pas leur cotylédon avant le retour de beau temps le printemps suivant. La clé du succès de cette stratégie réside en un phénomène que l’on nomme la stratification. En effet, l’action combinée plus ou moins prolongée du froid et de l’humidité, tel que sous la neige en hiver, suivie d’une hausse des températures désactive en quelque sorte les enzymes qui empêchent la plante de germer. Ce mécanisme est essentiel à connaître, car il est d’une grande importance lorsque l’on sème des espèces indigènes autres que des graminées. Des semences nécessitant une stratification qui sont mises au sol au printemps ou en été ne germeront pas (ou pratiquement pas) avant d’avoir subi leur stratification. C’est la raison pour laquelle il est souvent préférable de semer les mélanges indigènes à l’automne, afin que la stratification s’effectue naturellement. L’échéancier d’un chantier et la période du semis sont donc d’une importance capitale pour les mélanges indigènes. Heureusement, il est possible de stratifier artificiellement les semences pour contrer ce phénomène, mais cela demande néanmoins une certaine planification. Connaître ces trois éléments spécifiques aux semences indigènes vous permettra, nous l’espérons, d’optimiser votre utilisation des ces produits. Les semences indigènes sont remarquablement bien adaptées à notre climat et à notre environnement en général, mais savoir ce qui les distingue des mélanges traditionnels de pelouses ou de couvre-sol vous permettra de mieux planifier et entretenir vos projets à haute teneur en biodiversité.