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15 juin 2012

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Toits et murs verts, constats et perspectives du colloque annuel de la Société québécoise de phytotechnologie.

Un peu de tout

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Le 31 mai dernier se tenait à Montréal le 5e colloque annuel de la Société québécoise de phytotechnologie (SQP). Près de 200 personnes participaient à cette journée éloquente où plusieurs spécialistes avaient le mandat de faire le point sur la situation des toits et murs verts au Québec. Un constat s’est vite imposé en cours de journée à l’effet que si l’expérience reliée aux toits verts est en constant essor, celle reliée aux murs verts est encore bien mince et les expériences qui en résultent quelque peu démotivantes. De manière générale, les participants ont probablement eu le sentiment que ces équipements sont encore sous-utilisés au Québec.

 

Toit vert du CIM à Magog. Un projet réalisé avec le mélange Indigo Toit Végétal (photo: Marianne Guilmette)

Des outils négligés

Pourtant, à entendre les invités vedettes de la journée, messieurs Nigel Dunnet de l’Université Sheffield en Angleterre et Daniel Roehr de l’Université de Colombie britannique à Vancouver, il apparait capital de miser sur ces équipements afin de maximiser la biodiversité et surtout d’exercer une meilleure gestion des eaux pluviales en milieu urbain. Malheureusement, le Québec a encore une vision bien accessoire de ces équipements considérés comme des luxes ou des fantaisies de concepteurs. Alors que des villes telles que Toronto mettent en place des politiques qui incitent et parfois même exigent la mise en place de toits verts sur toutes nouvelles constructions, aucune ville au Québec n’a encore dépassé le cap qui exige que les nouvelles constructions soient aptes à recevoir un éventuel toit vert sans avoir l’obligation de passer à l’acte. Contrairement aux métropoles québécoises, Toronto et de nombreuses autres villes nord-américaines et européennes semblent avoir saisi l’importance de miser sur les toits verts afin de réduire la consommation énergétique des bâtiments, de prolonger la vie des membranes d’étanchéité des toitures, de gérer les eaux pluviales et d’assainir l’air. Avec les récentes inondations qui ont suivi les pluies intenses de mai dernier, il est certes déplorable de constater que Montréal néglige de tels outils.

Vision et perception

Peut-être une partie de la réponse réside-t-elle dans n0tre perception ornementale des toits verts? Pourquoi devrait-on exiger un équipement ornemental? Pourtant, le professeur Dunnet a fait la démonstration que les toits verts vont bien au-delà du décoratif. En Angleterre, après des années de toits conçus en tant qu’objets tape-à-l’œil, on assiste désormais à un mouvement de recours au naturel et à l’écologie dans la mise en place des toitures végétales. Un phénomène qui s’explique notamment par l’urgence de fournir des habitats pour la faune et la flore sauvages dans des environnements sans cesse plus urbanisés, mais qui témoigne surtout de l’acceptabilité de la population à davantage d’outils écosystémiques au service du milieu urbain. Notre vision encore trop parcellaire de l’aménagement du territoire est certainement aussi au cœur du manque de programmes incitatifs à la mise en place des toits et murs verts. Daniel Roehr a pourtant démontré qu’une vision intégrée de la gestion des eaux pluviales incluant notamment les toits et murs verts exerce un effet modérateur sur l’hydrologie urbaine. Cela réduit considérablement la pression exercée sur les infrastructures vieillissantes (pensons notamment à la Ville de Montréal), protège les lacs et les rivières et ultimement, est directement lié à une réduction de couts associés à la gestion des eaux pluviales. Malheureusement, même au niveau gouvernemental, les toits et murs verts ne sont qu’accessoirement envisagés. Le plus récent Guide de gestion des eaux pluviales publié par le MDDEP qui découle de diverses politiques gouvernementales provinciales relatives à l’environnement et l’aménagement ne fait état que brièvement des toits verts, en tant que pratique optimale. Le Guide admet d’ailleurs que le Canada fait très peu usage de cet outil de gestion des eaux pluviales contrairement aux pays européens où des mesures de soutien existent.

Le rôle des concepteurs

Le colloque 2012 de la SQP aura certainement permis de constater que, malgré le nombre sans cesse croissant de toits et murs verts implantés au Québec, notre province affiche un certain retard quant à l’intégration de ces éléments en tant qu’outils de gestion des eaux pluviales et d’éléments écosystémiques favorisant la biodiversité urbaine. Les spécialistes invités et les participants à cette journée ont témoigné d’un fort désir de diffusion de l’information relative à ces techniques et à la gestion des ces équipements (un futur mandat pour la SQP?). Par contre, tant et aussi longtemps que les concepteurs maintiendront leur approche ornementale et disjointe, il sera difficile, voire impossible, de faire adhérer les administrateurs et gestionnaires de bâtiments, les élus et la population générale aux avantages des toits verts et encore plus improbable de voir émerger des mesures incitatives dignes de ce nom.

Pour en savoir davantage sur la Société québécoise de phytotechnologie: www.phytotechno.com

Pour consulter le Guide gestion des eaux pluviales: http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/pluviales/guide.htm

Pour prendre connaissance des travaux de Nigel Dunnet et de Daniel Roehr:
http://www.shef.ac.uk/landscape/staff/profiles/ndunnett http://www.sala.ubc.ca/people/faculty/daniel-roehr