"Les intervenants en agroforesterie définissent les produits forestiers non ligneux (PFNL) comme étant tous les produits provenant de la forêt qui ne font pas partie de l’éventail des produits exploités traditionnellement par l’industrie forestière classique. Les champignons sauvages, les plantes médicinales forestières, les plantes comestibles forestières ou encore les plantes et les branches utilisées par la fleuristerie font partie des PFNL. Le marché des espèces forestières comestibles connaît un essor perceptible au Québec. Bien qu’il en soit à ces premiers balbutiements, ce secteur intéresse bien des gens et des organismes en mal de relancer l’activité économique des régions forestières du Québec. Que l’on songe à la Côte Nord, l’Abitibi ou la Gaspésie, les communautés et les individus de ces régions sont encouragés par les perspectives de valorisation des terres agricoles marginalisées ou improductives, ou encore de lots boisés dont l’aménagement serait orienté vers le développement multiressource (St-Georges, 2004). Les perspectives de développement sont réelles, car le marché des produits alimentaires haut de gamme, dans lequel s’inscrivent les plantes comestibles indigènes, connaît une hausse importante depuis plusieurs années. La restauration apparaît également comme un marché potentiel prometteur puisque la tendance aux produits du terroir ne cesse de se confirmer. Les PFNL peuvent être récoltés dans quatre types d’environnements : les stocks naturels des forêts de production de bois, les stocks naturels des forêts sans production de bois, les stocks aménagés provenant de forêts sous aménagement intensif et les stocks domestiqués provenant des systèmes agricoles (Duchesne, 2004). La domestication par la culture des PFNL présente des avantages notables qu’il convient de considérer à l’aube du démarrage d’une nouvelle industrie qui pourrait représenter une menace pour les populations sauvages faute de contrôle ou tout au moins de norme éthique. Cela permettrait notamment de garantir aux entreprises de transformation un approvisionnement régulier en matière première de qualité plus uniforme, tout en diversifiant l’utilisation des terres (Nantel, 2004). La domestication serait particulièrement sage dans le cas des espèces rares ou à croissance lente (Nantel, 2004) surtout si l’on veut éviter des situations d’exploitation comme celle qu’a connu l’ail des bois par le passé et qui à conduit à la vulnérabilité de l’espèce. Certaines espèces indigènes comestibles présentent un intérêt certain et leur domestication pourrait se faire de façon aisée. Voici les principales espèces que nous produisons chez Indigo et qui se prêteraient bien à une culture intensive en forêts ou en champs.
Angelica atropurpurea : Espèce à grand déploiement idéale pour les parcelles trop humides pour d’autres cultures. Les tiges confites de cette ombellifère sont utilisées en pâtisserie en Europe depuis des décennies. Leur couleur vive et leur goût distinct en font un produit unique.
Apios americana : Autrefois consommés par les Amérindiens et les premiers colons, les tubercules de cette espèce sont extrêmement productifs. Plus savoureux que la pomme de terre, ils contiennent jusqu’à 25% de protéines. Culture facile en berge mi-omragée ou en culture en champ irrigué.
Asarum canadense : L’odeur unique de cette espèce forestière rappelle la «gomme savon» de notre enfance. Il semblerait que l’essence naturelle de cette espèce était autrefois utilisée dans la fabrication de la fameuse gomme à macher «Thrills», mais elle a depuis été remplacée par un arôme artificiel analogue. La culture de cette espèce permettrait de la destiner à plusieurs usages : rhizomes confits, sirops aromatiques, grignotines, épices, et même rhizomes frais pour une cuisine relevée. Seule la culture permettrait autant d’usages sans menacer l’espèce sauvage et son habitat. Une espèce de choix pour une culture forestière.
Fragaria virginiana : La suculente fraise des champs gagnerait à être cultiver, sa récolte étant beaucoup trop longue en milieu naturel. Parfum exquis.
Vitis riparia : Il est incroyable que notre raisin sauvage n’ait encore jamais réellement fait l’objet de culture commerciale. De culture facile même en situation partiellement ombragée. Les feuilles, les vrilles et bien sûr les fruits sont comestibles. Ces derniers peuvent être vinifiés ou transformés en sirop.
Bon appétit!
Merci à Gérald Le Gal, Gitane St-Georges, Patrick Nantel et Luc C. Duchesne de nous avoir inspiré ce sujet. Leurs propos sont repris du document suivant :
Nadeau, I. J. Daigle, G. Langlais et A. Olivier (éd.). 2004. Comptes rendus du colloque sur les produits forestiers non ligneux; «la demande des marchés, la ressource disponible, et les techniques de production». Institut de technologie agroalimentaire, campus de La Pocatière, La Pocatière, Québec."