Il n’est pas rare, lors de nos rencontres avec des amateurs de jardinage, de rencontrer des gens qui croient que les trilles (trillium spp.) ou les sabots de la vierge (Cypripedium acaule) sont des espèces protégées par la loi au Québec. Certaines personnes sont également sous l’impression qu’il est interdit de prélever des plants dans leur milieu naturel et que les plantes indigènes sont ainsi bien protégées. Malheureusement il n’en est rien ou du moins la situation ne se présente pas exactement ainsi. En réalité, à l’heure actuelle, au Québec, seulement 34 espèces possèdent un statut légal de protection grâce à la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables en vigueur depuis 1989. Parmi celles-ci, on retrouve entre autres l’ail des bois (Allium tricoccum) et le ginseng (Panax quinquefolius). Parmi les 32 autres espèces, ont retrouvent essentiellement des espèces tellement rares que la majorité des gens en ignore l’existence. C’est le cas par exemple de l’aplectrelle d’hiver ou encore de la minuartie serpentine. Les autres espèces de notre flore, à moins qu’elles ne se trouvent dans un parc ou une réserve, ne bénéficient d’aucune protection légale. Actuellement, l’État examine la possibilité de protéger près de 375 espèces qui figurent sur une liste d’attente, espèce d’antichambre au statut d’espèce protégée. Lorsqu’une espèce est désignée protégée, elle peut bénéficier d’une protection complète touchant l’espèce en tant que telle de même que son habitat ou d’une protection partielle comme dans le cas de l’ail des bois. L’ensemble des autres espèces de notre flore n’est donc pas protégé. D’ailleurs, la loi considère les plantes comme des propriétés privées, contrairement aux animaux sauvages qui sont des propriétés de l’État. Le propriétaire d’un terrain peut donc disposer des végétaux qui s’y trouvent comme bon lui semble. De ce fait, plusieurs espèces peuvent faire l’objet de prélèvements pour des fins commerciales. On soupçonne d’ailleurs certains pépiniéristes d’offrir des plants ainsi prélevés. C’est le cas bien souvent des trilles, des sanguinaires et de nombreuses espèces de fougères. En tant qu’environnementalistes, c’est une pratique qu’il nous faut décrier. Heureusement, le Ministère de l’environnement examine la possibilité de protéger ces espèces touchées par le prélèvement en leur accordant un statut de protection partielle qui interdirait le prélèvement des plants tout en en permettant la production en pépinière, chose que la protection complète interdit. Nous espérons d’ailleurs que cette protection sera prochainement en vigueur. Dans l’attente de cette mesure de protection, certains gestes peuvent être posés afin de vous assurer que vos projets d’aménagements ne nuisent pas à l’intégrité de notre patrimoine naturel. D’abord, il est important de sélectionner des espèces qui sont produites en pépinière. Certaines espèces sont encore difficiles à reproduire, même pour les producteurs spécialisés, et ne sont vraisemblablement pas encore produites à grande échelle au Québec. Mentionnons entre autres l’épigée rampant, le caulophylle faux-pigamon, l’érythrone d’Amérique ou l’hépatique noble. Ensuite, même dans le cas des espèces facile à produire, il est recommandé de choisir des sources d’approvisionnement fiables et sensibles à la protection de l’environnement et de toujours valider les quantités disponibles en inventaire chez ces derniers avant même de préparer les dernières versions des plans et devis. Ensuite, nous vous suggérons fortement de demander des végétaux répondant aux normes du BNQ puisque cette norme interdit les végétaux prélevés en pleine nature.