En janvier dernier, Radio-Canada annonçait l’attribution de son prix du scientifique de l’année au botaniste Serge Payette qui a dirigé la publication de la FLORE NORDIQUE du Québec et du Labrador. Notre équipe s’est réjouie que ce prix qui en est à sa 26e édition soit enfin remis à un botaniste. Il faut souligner que ce projet de Flore Nordique constitue une entreprise colossale dont l’importance et la qualité en font très certainement un classique instantané. À la lecture du premier tome, on ne peut que s’émerveiller devant l’immensité de l’ouvrage et se dire que nous sommes plutôt ignorants de ce vaste pan de notre patrimoine floristique. Pour nous donner l’occasion de pallier un tant soit peu à cette méconnaissance, ce bulletin vous propose une incursion dans le monde des espèces arctiques-alpines du Québec.
Dans l’univers de l’horticulture, les amateurs de plantes alpines font quelque peu figure à part. En effet, ils font partie des rares aficionados des jardins et des plantes qui se passionnent davantage pour les espèces que pour les cultivars et les hybrides. D’ailleurs, les plus grands jardiniers alpins sont souvent de fervents voyageurs qui choisissent leurs destinations en fonction des espèces qu’ils pourront y voir dans les habitats alpins naturels plutôt que dans les jardins du monde entier. Avant de vous présenter quelques-unes des espèces arctiques alpines que la pépinière Indigo produit, il convient de s’attarder quelque peu aux définitions précises concernant ce regroupement de plantes. Une plante alpine est une plante qui croît en milieu alpin, soit au-dessus de l’altitude à laquelle poussent les arbres. Bien entendu, le terme revoie aux massifs montagneux des Alpes, mais tous les massifs de montagnes atteignant une certaine hauteur sont propices à la présence d’un habitat dit alpin. Une plante arctique est quant à elle une espèce qui pousse en région arctique, plus exactement au nord de la limite latitudinale où poussent les arbres. Au Québec, cela correspond essentiellement à une zone située au nord du 56e parallèle. Les plantes qui sont dites arctiques-alpines se retrouvent dans ces deux habitats. Par exemple, il peut s’agir d’une espèce que l’on retrouve à la fois au sommet du mont Jacques-Cartier en Gaspésie de même que dans la toundra du nord de la province. Au Québec, la flore contient davantage d’espèces arctiques-alpines et d’espèces arctiques, car très peux d’espèces poussent exclusivement au sommet de nos plus hautes montagnes. D’ailleurs, bon nombre de nos espèces alpines font partie des espèces endémiques et des espèces rares de la Province.
Définition |
exemples |
| Plante alpine : une espèce qui croît en milieu alpin, au-dessus de la limite des arbres. | arnica de Griscom, minuartie de la serpentine, saule à bractées vertes, verge d'or à bractées vertes |
| Plante arctique : une espèce qui pousse en milieu arctique, c’est-à-dire au nord de la limite des arbres. | oxyotrope à gros fruits, pédiculaire laineuse; |
| Plante arctique-alpine : une espèce qui pousse en milieu alpin ou arctique, soit au-dessus de la limite des arbres (altitude) ou au-delà de la limite des arbres (latitude). | silène acaule, saxifrage cespiteuse. |
Peu importe leurs emplacements sur le globe, les espèces arctiques ou alpines ont tendance à adopter des caractéristiques similaires. Ainsi, d’une manière générale, l’une des stratégies de survie de ces plantes est d’avoir davantage de racines que de parties aériennes. Le climat difficile de ces régions souvent froides, arides et venteuses leur est alors moins dommageable. Également, on constate qu’une grande partie de ces espèces sont en forme de coussinet. Encore une fois, l’effet du climat joue ici un rôle et les plantes ont développé une silhouette qui limite l’effet du stress éolien. Ce phénomène qui fait en sorte que les plantes de régions éloignées ont adopté des formes similaires en fonction de l’habitat et des conditions constitue ce que les spécialistes de l’écologie qualifient d’évolution convergente. Il est aussi intéressant de constater que certaines formes semblent mieux adaptées aux milieux alpins. En effet, la proportion des ces formes dans la flore alpine augmentent avec l’altitude. Ainsi, on retrouve une plus grande proportion de graminées vivaces et de plantes à rhizomes au-dessus de 5000 m qu’à 4000 m d’altitude. De plus, les espèces arctiques alpines sont souvent des espèces à floraison hâtives. On comprendra que de croître rapidement et de former le plus tôt possible ses graines lorsque la saison le permet est un avantage pour la survie de l’espèce. En gentil jardinier, on serait tenté de croire que la culture de ces plantes dans un habitat apparemment plus favorable garantirait une meilleure croissance, mais il n’en est rien. Plusieurs espèces arctiques alpines ne survivent pas dans des conditions plus clémentes. De plus, ces espèces rarement agressives ont de la difficulté à compétitionner avec les herbacées de moindre altitude. Ce qui rend leur utilisation sous nos latitudes beaucoup plus complexe qu’il n’y parait à première vue. Néanmoins, plusieurs espèces de ce type peuvent être cultivées plus au sud ou en moins haute altitude. Leur utilisation pour des projets de toits et de murs verts suscite d’ailleurs beaucoup d’intérêt. L’observation du comportement en culture ainsi qu’une bonne compréhension de l’habitat d’origine permettront certainement d’améliorer la culture d’autres espèces d’habitats similaires et d’étendre la biodiversité des aménagements d’ici. Voici une liste d’arctiques alpines que nous produisons chez Indigo.
Campanula rotundifolia (C. gieseckeana)
Cystopteris fragilis
Deschampsia flexuosa
Draba glabella
Empetrum nigrum
Lychnis alpina
Poa alpina
Poa glauca
Puccinellia pumila
Rhodiola rosea
Saxifraga cespitosa
Silene acaulis
Trichophorum alpinum