Lorsque le vent balaye la toundra, les boeufs musqués ne bronchent pas. Leur toison dense volette par-ci par là, mais cela n’affecte pas leur humeur stoïque. À leurs pieds, des milliers de soies blanches frétillent et se courbent sous le souffle arctique, comme autant de giboulées estivales. Ce paysage nordique grandiose est bien peu accessible à la plupart d’entre nous, mais désormais, les linaigrettes se taillent une place au sud. D’ailleurs, le trichophore des alpes est l’une de ces espèces que l’on peut cultiver sous nos latitudes et qui, comble de joie, nous procure de nombreux avantages.
Ce troisième portrait de plante de 2011 nous permet de nouveau de vous présenter une espèce indigène d’intérêt pour des applications de phytotechnologies. Le trichophore des Alpes fait partie de ces espèces apparentées aux graminées que plusieurs d’entre nous appellent simplement des linaigrettes. En fait, linaigrette est un nom vernaculaire vague désignant en français certaines plantes des genres Eriophorum et Trichophorum qui font partie de la famille des Cyperacées. On les apprécie tout spécialement à cause de leurs soies immaculées qui leur procurent un effet visuel sans pareil. Ces soies appartiennent en fait aux graines de la plantes (les akènes), et permettent une dispersion des graines par le vent. Très efficaces lorsqu’on habite la toundra! Indigène dans toutes les provinces et territoires du Canada, le trichophore des Alpes est une espèce vivace de petite taille et dépasse rarement 20 cm de hauteur. Ses tiges rapprochées forment un plant dense au port dressé dynamique. De petits épillets à écailles roussâtres se forment au sommet des tiges au cours du printemps et s’ensuivent les magnifiques longues houppes soyeuses qui persistent pendant plusieurs semaines, parfois même jusqu’au début de l’été. On la retrouve principalement dans les tourbières et les marais et bien qu’elle soit omniprésente dans le nord, elle fréquente l’ensemble de la province et s’adapte à une diversité d’habitat plus ou moins humides, voire carrément aride par période.
Cette capacité d’adaptation en fait une espèce spécialement intéressante pour créer des aménagements à caractère écologique. D’ailleurs, lors des 12e Rendez-vous horticoles du Jardin botanique de Montréal qui avait lieu en 2009, le trichophore des Alpes a remporté les honneurs dans la catégorie Plante pour le jardinage écoresponsable. Le jury avait alors souligné que parce qu’elle pousse au soleil et s’adapte à divers sols alcalins ou acides, frais à détrempés, elle convient parfaitement aux jardins de pluie destinés à absorber l’eau de ruissellement venant des toits et d’autres surfaces imperméables. Outre cet avantage indéniable, les paysagistes seront heureux de l’utiliser d’abord et avant tout pour son caractère ornemental. Isolée ou en massif, le trichophorum des Alpes ne manque jamais d’attirer l’attention. Il constitue une alternative intéressante à bien des "graminées ornementales" de petite taille moins rustiques tel que plusieurs Carex horticoles. Avec autant d’atouts, nous sommes convaincus, tout comme l’horticultrice Claire Bélisle le soulignait dans son "Point de mire" du Québec Vert de mars 2010, que cette espèce méconnue est promis à un bel avenir!
Famille : Cypéracées
Nom latin : Trichophorum alpinum (Linnaeus) Persoon
Synonyme: Eriophorum alpinum Linnaeus, Scirpus hudsonianus (Michaux) Fernald
Nom français : trichophore des Alpes
Nom anglais : Alpine clubrush
Rusticité : zone 1
Lumière : plein soleil
Floraison : mai-juin
Hauteur minimum : 10 cm
Hauteur maximum : 30 cm
Largeur : 20 cm
Taux de plantation au m² : 15 à 30 plants
Humidité : De sec à détrempé
Habitat: Tourbières, marais, rochers. En sols tourbeux ou graveleux.
Avantages : Rusticité élevée, s’adapte à des taux d’humidité très variables, croît en sol pauvre.
Applications possibles : Jardin pluvial, zone de biorétention, aménagement en milieu urbain.
Utilisation au jardin : Jardin de pluie, rocaille, plates-bandes, utilisation en spécimen isolée ou en massif.