Pour terminer l’été, un petit clin d’oeil sur un insecte que les amateurs de lis connaissent très bien : le criocère du lis (Lilioceris lilii Scopoli). Il appartient à l’ordre des Coléoptères (insectes dont la première paire d’ailes est coriace, comme la coccinelle) et à la famille des Chrysomelidae (groupe qui comprend plusieurs insectes ravageurs).
L’adulte est facilement observable avec le thorax et les élytres (premières paires d’ailes) rouge écarlate et le reste noire. Il mesure de 6 à 8 mm.
Le criocère se nourrit de lis et de fritillaires. Il semblerait que l’espèce indigène du lis au Canada (Lilium canadense ou lis du Canada) soit moins affectée par le criocère. Une équipe de recherche de l’Université de Montréal évalue présentement ses préférences alimentaires entre diverses variétés de lis dont le lis du Canada.
Le criocère du lis est un insecte qui provient d’Europe. Sa première apparition en Amérique du Nord a été notée en 1943 à Sainte-Anne-de-Bellevue sur l’île de Montréal. Ce ne fut qu’après plus de 30 ans qu’il a été observé en dehors de l’île. Depuis, il continue sa progression dans les maritimes, en Ontario et en Nouvelle-Angleterre, nullement arrêté par aucun prédateur. Des études en lutte biologique sont actuellement effectués aux Etats-Unis pour trouver un parasitoïde (organismes qui vit sur l’insecte et le tue éventuellement). Le meilleur moyen de contrôler cet insecte demeure encore l’élimination manuelle de tous les stades de cet insecte qui se retrouvent sur ou autour de la plante.
Au cours de l’hiver, l’adulte demeure enfoui dans le sol près de leurs plantes favorites. Il est donc recommandé de biner le sol autour des bulbes au printemps et à l’automne, cela exposera les insectes au froid et aux prédateurs potentiels. Au mois d’avril, les adultes émergent du sol, commencent à s’alimenter du jeune feuillage et s’accouplent.
Les oeufs, de couleur jaune, orangé ou rouge, sont ensuite déposés sous les feuilles, alignés le long des nervures. Chaque femelle peut pondre jusqu’à 300 oeufs.
Les larves sortent de l’oeuf après une dizaine de jours et se nourrissent de feuilles, des boutons floraux et des fleurs pendant environ trois semaines. Leur corps est allongé, de couleur orange avec la tête et les pattes noires. Elles sécrètent par leur anus dorsal un mucus mélangé avec leur excrément qui recouvre son corps et lui permet de se camoufler des prédateurs. Certains prétendrent même que cet abri noirâtre lui permettrait de contrôler la température de son corps. Afin de se métamorphoser en adulte, la larve entre dans un stade dit nymphe. Elle se laisse alors tomber sur le sol, s’y enfouit, se fabrique un cocon avec des particules de sol collés avec de la salive et se transforme en nymphe en deux semaines. Elle devient ensuite un adulte en 3 à 5 semaines, soit vers la fin juin.
Les nouveaux adultes s’alimenteront pendant environ un mois avant de retourner dans le sol pour y passer l’hiver. Au Québec, on observe qu’une génération par année comparativement à 2 et même 3 en Europe. Vive l’hiver !
Bref,un contrôle fréquent des plants permettra d’éviter une infestation de criocères. On doit cependant redoubler d’ardeur lorsque l’hiver est doux et enneigé, cela semble être propice à des populations élevées. Comme le lis est une plante à bulbe, il survivra au grignotage de ses feuilles. Enfin, connaître son cycle vital permet donc d’intervenir au bon endroit au bon moment.
Bonne fin d’été
France Bourgouin