La fin des vacances arrive à grands pas. Pour plusieurs, il est temps de reprendre le chemin de l’école afin de s’instruire. Sans prétendre détenir un savoir hors du commun, Indigo vous propose ce mois-ci une chronique sur le sens des mots, ceux que nous employons ou entendons quotidiennement au sujet de l’utilisation des plantes indigènes. Les linguistes soutiennent que le vocabulaire se développe au gré des techniques. D’ailleurs, notre domaine étant bien jeune, il n’est pas étonnant que la confusion et les mauvais usages soient aussi répandus. Au Québec, notre situation linguistique particulière nous conduit souvent à adopter des anglicismes et il semble que ce soit également le cas lorsqu’il est question de renaturalisation.
L’intérêt pour l’utilisation des plantes indigènes s’est d’abord manifesté chez nos voisins du sud, puis chez non concitoyens canadiens-anglais avant de se développer au Québec. Il y a quinze ou vingt ans, plutôt que d’instaurer un néologisme, les aménagistes francophones ont d’emblée francisé les expressions anglaises naturalization ou renaturalization pour définir la végétalisation d’un lieu avec des espèces indigènes. Toutefois, cet usage est erroné puisque la définition de ces termes en écologie, telle qu’on la retrouve dans le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, décrit un tout autre phénomène. Sur le site de l’OQLF, on y explique d’ailleurs qu’en français, le terme renaturalisation est un dérivé de naturalisation qui se dit d'un phénomène qui résulte de l'introduction ancienne dans un territoire d'une espèce végétale ou animale d'origine étrangère qui s'y est adaptée et s'y reproduit naturellement comme les espèces indigènes.
Si nous ne faisons pas de la naturalisation ou de la renaturalisation, il semble que nous faisions parfois de la végétalisation. En effet, toujours selon le GDT, cette activité vise la reconstitution du couvert végétal d'un terrain dénudé par l'action de l'homme ou par l'effet de catastrophes naturelles. Toutefois, cette définition qui inclut également le dérivé revégétalisation, ne fait pas appel la notion d’écosystème ou au caractère indigène du couvert végétal. Pour tenir compte de ces notions, il faut plutôt utiliser l’expression restauration écologique qui décrit l’opération visant à remettre dans un état proche de son état d'origine un écosystème terrestre ou aquatique altéré ou détruit généralement par l'action de l'homme. Lorsqu’il est question de restauration écologique, on se soucie non seulement de rétablir la diversité des espèces jadis présentes, mais également d’assurer le rétablissement de la structure, des fonctions et des processus qui contribuent à l’intégrité écologique des écosystèmes en question.
Les francophones d’Europe semblent quant à eux favoriser l’expression renaturation qui est également empruntée de l’anglais. Dans le Dictionnaire de biogéographie végétale aux éditions CNRS, on décrit la renaturation comme étant une modification du mode d'occupation d'un terrain considéré comme trop artificialisé, par souci d'une meilleure prise en compte de l'environnement et du paysage. Toutefois, ce terme n’est que très rarement utilisé au Québec et puisqu’en matière de néologisme l’usage est requis pour officialiser le terme, il est peu probable que ce vocable subsiste chez-nous.
Malgré tout, il demeure que l’utilisation des plantes indigènes est une activité bien souvent plus modeste qui n’a pas systématiquement pour objectif de restaurer les écosystèmes. Curieusement, il ne semble pas y avoir d’expression qui désigne cette pratique. La "culture des plantes indigènes " est l’expression qui semble le mieux traduire le "native plant gardening" des anglophones. Comme le décrit si bien Lorraine Johnson dans son ouvrage The Ontario Naturalized Garden, il s'agit d'une approche écologique de jardinage, qui considère l'environnement comme un réseau de connexions plutôt que comme un ensemble d’unités isolées; qui favorise la diversité, à la fois des plantes et des animaux en ayant pour objectif de réduire les apports d'eau, les produits chimiques et les engrais tout en manifestant le désir de reproduire le fonctionnement dynamique et la pérennité des écosystèmes.
En terminant, il est pertinent de se rappeler que l’essentiel n’est pas nécessairement d’avoir le mot juste, mais plutôt d’agir dans l’intérêt de la conservation des espèces et des écosystèmes. Pour se faire Robert Dorney et Douglas Allen ont d’ailleurs écrit dans le Harrowsmith Landscaping Handbook : "Call it what you will: natural landscaping, mini-ecological gardening, wildflower gardening, natural gardening, low-maintenance landscaping or natural heritage gardening. The terms are less important than the changes they encompass- a movement away from the manicured look, from the fussy, high-maintenance and expensive flowerbeds towards a more unfettered, dynamic natural plant system" En terminant, je tiens à remercier Claire Michaud du MDDEP, Claude Anctil de Arbreau Tech, et France Bourgouin pour leur aide et leurs commentaires au sujet de la terminologie associée à la restauration écologique.
Références
Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.
http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/gdt.html
Dictionnaire de biogéographie végétale. CNRS …DITIONS, Paris, 2000. ISBN 2-271-05816-3
Le carrefour des plantes indigènes du Musée canadien de la nature.
The Ontario Naturalized Garden. Lorraine Johnson. …ditions Whitecap, Vancouver Books, 1995. ISBN 1-55110-305-2