BLOGUE DÉTAIL

15 juin 2004

Aiglon Indigo

Flore indigène et patrimoine

Un peu de tout

Étiquette

Ce mois-ci, nous vous proposons des extraits d’un texte publié récemment dans le cadre de la chronique «Côté cour» du magazine «Continuité». Nous vous invitons à vous procurer en kiosque le numéro d’été de ce magazine portant sur le patrimoine afin de lire l’intégrale de ce texte. Bonne lecture! Alors que nos ancêtres se sont éreintés à repousser la nature sauvage en abattant arbre après arbre et en défrichant le moindre lopin fertile, de plus en plus on cultive dans nos jardins ces espèces sauvages autrefois bannies. Chaque année, l'intérêt pour la flore indigène croît dans le coeur des jardiniers. Alors que le marché regorge de nouveaux cultivars et d'hybrides spectaculaires, nos espèces sauvages séduisent un nombre croissant d’amateurs et de professionnels. Il s'agit en quelque sorte d'un retour aux sources, car de nombreuses variétés développées par l'horticulture moderne émanent d’espèces indigènes. Au centre-jardin du coin, il n'est plus rare d'entendre des clients demander «quelque chose d'indigène». Que recherchent ces nouveaux adeptes ? Une rusticité éprouvée, un spécimen demandant moins d'arrosage et d'entretien, une plante liée à un souvenir d'enfance ou attractive pour les oiseaux et les papillons, un produit vernaculaire qui leur inspirera un sentiment de fierté et d'appartenance au paysage. Folklore, traditions et croyances Petits prêcheurs, amélanchiers, gingembres sauvages et verges d'or sont autant d'exemples de plantes utilisées au jardin. La culture et l'utilisation de ces espèces constituent une expérience ayant des résonances ethnobotaniques. En les côtoyant, on s'initie à tout un folklore, une histoire, à des traditions et des croyances De plus, il est amusant de constater à quel point les noms populaires de ces belles indigènes reflètent l'histoire, les croyances et les coutumes de notre peuple. La flore en est pleine. Que l'on songe aux valeureux bouleaux à canot, aux indispensables herbe à dinde, bois à levier, herbe à liens, herbe à souder, à l'amusante pétouane (un aster à grandes feuilles), aux délicieuses patates en chapelets et aux dangereux crevards de moutons, herbe à la fièvre et café du diable... Identité et cachet local Nos jardins désormais accueillants pour nos espèces indigènes deviennent aussi l'occasion pour plusieurs d'exprimer un sentiment de fierté et d'appartenance au lieu. Le meilleur exemple est certes celui des emblèmes floraux. En octobre 1999, l'Assemblée nationale corrigeait une erreur botanique vieille de plusieurs décennies en adoptant dorénavant l'iris versicolor à titre d'emblème floral plutôt que le lis blanc. Le premier étant une espèce indigène bien connue et chérie du public, le second, une espèce méditerranéenne difficile de culture en nos contrées. Les aménagements composés d'espèces indigènes possèdent également une valeur économique potentielle. En effet, l'utilisation de trilles, de sapins baumiers, de bleuets sauvages contribue à créer des paysages possédant un réel cachet local. L'industrie touristique recherche cette expression authentique du territoire. De la même façon qu’on ne visite pas l'Arizona pour y voir des bégonias, on apprécie découvrir au Québec ce que la nature a de particulier à offrir. Un héritage à protéger Si nos espèces indigènes constituent désormais un patrimoine que célèbre la pratique de l'horticulture, elles demeurent plus que jamais un héritage à protéger. L'utilisation de ces plantes ne doit aucunement constituer une menace pour la flore sauvage. Pratiquement aucune loi n'interdit de prélever dans la nature des spécimens pour les revendre sur le marché horticole, mais piller le milieu naturel afin de lui rendre hommage constitue un non-sens évident. La pratique d'une horticulture favorisant l’usage des espèces indigènes se révèle une avenue de choix pour le maintien des espèces rares ou menacées. En effet, la multiplication des lieux de culture de ces espèces augmente leurs chances de survie. Le développement résidentiel et agricole ne cessant de gruger les habitats naturels les plus cléments, notamment en Montérégie et en Outaouais, il devient précaire de compter uniquement sur les populations sauvages pour maintenir l'intégrité du patrimoine génétique. Nos belles indigènes peuvent jouer plusieurs rôles. Dans de luxuriants jardins soigneusement aménagés, elles côtoieront docilement des espèces exotiques. Dans des espaces verts naturels ou dans des parcs, elles joueront un rôle de premier plan comme maillon essentiel de l’écosystème. Mais quel que soit le rôle qu’on leur attribuera, toujours elles témoigneront de la richesse et la diversité de nos paysages.