BLOGUE DÉTAIL

15 déc. 2003

Aiglon Indigo

Donner un sens au jardin

Bulletin technique

Étiquette

Chaque mois, le bulletin technique aborde un sujet de saison qui, nous l’espérons, vous permettra d’actualiser vos connaissances au sujet de l’utilisation des espèces indigènes en aménagement. Bonne lecture et n’hésitez pas à nous transmettre vos commentaires et suggestions. «La nature n’est pas notre ennemie, elle est notre patrie ; en fait elle nous soutient et est en chacun de nous. » David Suzuki Arrive décembre et son lot de festivités. Entre deux parties de bureau, entre deux séances de magasinage certains prendront le temps de s’interroger sur le sens de toute cette frénésie, de toute cette abondance. C’est dans cet esprit que nous vous présentons notre dernier bulletin technique de l’année 2003. Que signifie le jardin? Quel sens donne-t-on à la pratique du jardinage de nos jours? Quel rôle peuvent jouer les espèces indigènes dans une quête de sens? Malheureusement, il semble que le jardin, tel qu’on le conçoit à notre époque, soit une profonde aberration. En effet, trop souvent, il est coupé du monde naturel, sans liens avec les espaces verts environnants, sans lien avec la flore et le paysage local. Il se veut figé dans le temps, alors que tout dans la nature est dynamique et en constante évolution. Il est indifférent, voire même inhospitalier pour la faune hormis quelques jolis oiseaux. Il surconsomme nos ressources naturelles en faisant grand usage de pelouses assoiffées. Il encourage l’utilisation de produits toxiques. Il est à la merci des modes éphémères et des dictats de l’économie marchande plutôt que d’être un mode d’expression personnelle ou un témoin culturel. Il n’est qu’un faire-valoir. Bref, ce jardin que nous croyons morceau de verdure va à l’encontre des lois de la nature les plus élémentaires et, comble de malheur, il est vide de sens. En réalité, le jardin est à l’image de notre société. De tout temps, il a constitué un distillat des idées en vogue, un autoportrait de l’homme et de la place qu’il s’octroie dans la nature. Une des manières accessibles de fournir une raison d’être au jardin d’aujourd’hui est de le mettre en connexion avec l’environnement. Pour signifier davantage, le jardin doit devenir un écho, une référence qui nous renvoie à notre réalité locale. Dans une perspective de mondialisation, le jardin devient un des rares endroits dotés de ce pouvoir de résonance dont nous avons tant besoin pour nous forger une identité individuelle et collective. De manière pratique, cette connexion avec l’environnement s’établit par des gestes relativement simples. L’utilisation de matériaux locaux, tant inertes que végétaux. La création d’habitats variés comprenant toutes les strates de végétation: herbacées, arbustives et arborescentes. L’utilisation d’une grande variété d’espèces indigènes plutôt que de quelques espèces exotiques choisies pour leur effet esthétique. La préservation des espaces naturels existants et leur intégration au design, plutôt que leur élimination. Une conception favorisant l’évolution spontanée des groupements végétaux plutôt qu’un état de fixité entraînant un entretien perpétuel. La tolérance aux insectes et autres bestioles qui constituent une base de la chaîne alimentaire. De manière globale, il faut tenter d’orchestrer le jardin, plutôt que d’y imposer ses vues et de chercher à contrôler le résultat. Dans cette perspective, le jardin permet de forger un sentiment d’appartenance et d’implication à une communauté naturelle. Il en résulte un jardin qui nous donne une meilleure connaissance et une meilleure compréhension du lieu. Un jardin qui constitue une contribution à la nature et non plus une entrave. Un jardin qui prend tout son sens.