BLOGUE DÉTAIL

15 déc. 2005

Aiglon Indigo

Désigner un emblème floral

Bulletin technique

Étiquette

Depuis plus de cent ans, les provinces canadiennes ont puisé à même leur flore des espèces typiques en guise d’emblème floral. En effet, en 1901, la province de la Nouvelle-Écosse désignait l’épigée rampante (Epigaea repens) à titre d’emblème floristique de la province. Tour à tour, les onze autres provinces et territoires ont procédé à des désignations d’emblème floral qui, au même titre que le drapeau et les armoiries, jouissent d’un statut juridique particulier et sont inscrites dans la loi. Ces végétaux emblématiques ont toujours été des espèces indigènes représentatives de la flore locale. Seul le Québec fit figure distincte en nommant en 1963 le lis blanc, une plante indigène du sud de l’Europe et de l’Asie Mineure. Ce n’est qu’en 1999 que fut consacrée pour le Québec une espèce indigène à titre d’emblème floral. L’iris versicolor venait ainsi rétablir la logique nationale courante qui veut que l’emblème désigné soit une espèce sauvage présente spontanément sur le territoire qu’elle symbolise. Le rôle principal de ces emblèmes est de représenter symboliquement la collectivité et son territoire. L’emblème permet également la mise en valeur du patrimoine naturel régional. Dans les documents du Gouvernement du Québec, on peut effectivement y lire que la désignation de l’iris versicolor s’est faite dans une perspective de valorisation de la flore indigène québécoise. Les retombées de ces nominations sont tangibles à plusieurs plans.

  • Conservation : Les endroits naturels où croissent ces espèces acquièrent une valeur nouvelle qui aide à la protection des habitats. Par exemple, il est clairement énoncé que l’emblème floral québécois souligne l'importance de l'eau et des milieux humides pour l'équilibre de la nature. Si cette valeur n’a pas force de loi, elle permet néanmoins une sensibilisation du public à cet égard.
  • Horticulture : L’intérêt du public se manifeste par le désir de voir et de cultiver l’emblème floral dans les parcs publics et les jardins. Il s’en suit naturellement une hausse de la demande pour les espèces désignées.
  • Tourisme : La présence massive de certaines plantes emblèmes dans le paysage constitue un spectacle grandiose lors de la floraison. Certaines villes, dont la ville de Montréal avec ses pommetiers décoratifs, ont capitalisé sur l’attrait que constitue ce spectacle afin de promouvoir l’industrie touristique. C’est également le cas d’autres villes, telles que Tokyo et Washington avec la floraison des cerisiers et d’Amsterdam avec ses tulipes.

Au Québec, la récente désignation de l’iris versicolor semble avoir eu un impact se traduisant par une hausse des interventions visant à reconnaître des emblèmes floristiques. De nombreux regroupement et municipalités ont entrepris des démarches en ce sens. Mentionnons :

  • La municipalité de Ste-Sabine ayant désigné l’épilobe à feuilles étroites (Epilobium angustifolium)
  • La municipalité de Bécancour ayant désigné le lilas (Syringa sp.)
  • La MRC du Val-Saint-François ayant désigné l’aster de Nouvelle-Angleterre (Symphyotrichum novae-angliae)
  • La région du Saguenay-Lac-St-Jean ayant désigné la gaillarde (Gaillarda sp.)
  • La Société d’horticulture et d’écologie de Shawinigan-Sud ayant désigné l’ancolie vulgaire (Aquilegia vulgaris)

Il est intéressant de noter que les espèces choisies ne sont pas toujours des espèces indigènes, le lilas étant une espèce cultivée et la gaillarde et l’ancolie vulgaire des espèces introduites naturalisées. Toutefois, il s’agit d’espèces faisant partie depuis longtemps du paysage local. Certains organismes ont opté pour la nomination d’espèces horticoles à titre d’emblème allant même jusqu’à choisir des cultivars. C’est le cas de la municipalité de Trois-Pistoles qui a désigné l'hémérocalle "black eyed stella" et de la municipalité de Rivière-du-Loup qui a adopté l’astrantia à titre d’emblème. On peut déplorer toutefois que ces emblèmes risquent davantage d’avoir un impact limité à l’aspect horticole. Pour procéder à la désignation d’un emblème floral, on observe différentes façons de faire.

  • Par la création d’un comité ad hoc.
  • Par mandat ou à la suggestion d’une société d’horticulture et d’écologie.
  • Par consultation populaire avec vote du public.

Par le passé, Indigo a épaulé la MRC du Val-Saint-François dans le processus de sélection de son espèce emblème en effectuant une sélection de quatre espèces indigènes représentatives qui ont ensuite été soumises au vote populaire par le biais des journaux et des écoles. Ainsi, la MRC a procédé à l’adoption de l’aster de la Nouvelle-Angleterre à la recommandation de sa table de la culture, laquelle coordonnait les démarches. Quelques conseils pour procéder à l’adoption d’une espèce emblème

  • Opter pour une espèce indigène
  • Opter pour une espèce facile de culture
  • Opter pour une espèce disponible sur le marché horticole
  • Opter pour une espèce typique du paysage local
  • Faire intervenir la population ou les membres dans le choix
  • Consulter des spécialistes (botanistes, horticulteurs) dans la démarche

Finalement, sachez qu’à l’instar de la municipalité de Rivière-du-Loup, il est possible de procéder à l’enregistrement de sa fleur emblème auprès de la Fédération d’horticulture et d’écologie du Québec afin de confirmer l’exclusivité de son utilisation.