BLOGUE DÉTAIL

15 avr. 2012

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Coup d’oeil sur l’hépatique à lobes aigus

Portrait de plante

Étiquette

 Dans les montagnes de la Caroline du Nord, une croyance ancienne clamait qu’une jeune fille pouvait infailliblement éveiller l’amour de l’homme de son choix en saupoudrant secrètement des feuilles d’hépatiques séchées auprès du feu puis réduites en poudre. Heureusement pour l’hépatique, cette croyance s’avère sans fondement et il y a d’autres moyens de profiter de "l’une des premières plantes sylvestres à sonner le réveil du printemps." Marie-Victorin

Description

Dans les bois rocheux et sur les pentes des érablières du sud du Québec, cette magnifique petite vivace à rhizome forme de jolies saillies de feuilles disposées en rosettes lâches qui se dispersent ça et là en menues colonies au travers de la litière forestière. Rarement plus haut qu’une quinzaine de centimètres, son feuillage est constitué de quelques feuilles trilobées dont les extrémités se terminent en pointe plus ou moins aigüe, d’où son nom latin acutiloba. D’aspect et de consistance résistants, les feuilles ont l’aspect du cuir et en prennent même la couleur au fil de la saison alors qu’elles se parent de teintes chaudes. Ce feuillage persiste d’ailleurs sous la neige et permet à la plante d’effectuer de la photosynthèse très tôt en saison alors que la plupart des espèces forestières n’en sont encore qu’à émerger du sol. Une fois la floraison complétée, ces feuilles seront remplacées par de nouvelles, plus vertes. Les fleurs, d’un diamètre avoisinant deux à trois centimètres, surplombent des tiges soyeuses velues. Elles sont généralement ouvertes le jour par beau temps et se referment le soir ou lors des journées nuageuses. Une des particularités des fleurs de l’hépatique à lobes aigus est la grande variation de couleurs que l’on retrouve dans une même population. Du blanc au violet, parfois plus rosâtre ou plus mauves, ces fleurs sont visitées par les abeilles et leurs fruits ensuite dispersés par les fourmis.

Culture

Quelques heures d’ensoleillement, une ombre légère ou un soleil filtré conviennent à la culture de l’hépatique à lobes aigus. Il s’agit d’une espèce qui aime les sols frais et riches et les sols calcaires. On doit donc éviter de la cultiver dans des sols acides ou à l’ombre des conifères. L’ajout de chaux de temps à autre peut aider, mais il vaut mieux envisager un site qui lui convient dès le départ plutôt que d’avoir à maintenir des conditions convenables. Cette vivace est un cas flagrant de ces plantes qui sont délicates en milieu naturel, mais qui explosent au jardin. Dans la nature, elle présente quelques feuilles et quelques fleurs, mais au jardin on peut dénombrer facilement une douzaine de feuilles et parfois jusqu’à une quarantaine de fleurs par plant. Malgré cela, l’hépatique à lobes aigus demeure une plante de petite taille, peu compétitive, qui peut se perdre parmi des voisines luxuriantes ou agressives. Il est donc préférable de lui procurer un entourage à sa mesure. Les choix qui figurent dans la fiche technique plus bas conviennent bien. De plus, un paillis naturel de feuilles mortes riches en calcium (érable, frêne, bouleau) l’aidera en hiver à protéger son feuillage semi-persistant et ses boutons floraux qui sont déjà en place dès l’automne.

 

Utilisation

Sa trop rare présence au jardin est déplorable, car il s’agit d’une plante hâtive qui illumine le jardin aussi tôt que les crocus, mais qui conserve un élégant feuillage tout au long de la saison contrairement aux bulbes printaniers. On recommande de la planter dans un jardin d’ombre rocailleux, près de souches, de rochers ou d’autres éléments visuels massifs qui lui procureront une bonne toile de fond. En petits groupes épars de 2 ou 3 plants, un massif discontinu sera du plus bel effet sous les arbres matures et pourrait créer un bel élément répétitif dans une rocaille forestière. Peu importe le motif de plantation choisi, assurez-vous de lui procurer un endroit qui lui conviendra pour bien des années, car les botanistes rapportent que sa longévité est remarquable et qu’elle peut vivre plusieurs décennies, certains disent des siècles!

Fiche technique

Famille : Renonculacées
Nom latin : Anemone acutiloba (de Candolle) G. Lawson Synonymes†: Anemone triloba var. acutiloba Hepatica acutiloba Hepatica nobilis var. acuta Hepatica triloba var. acuta
Nom français : Hépatique à lobes aigus
Nom anglais : Sharp-lobed hepatica
Rusticité : zone 4
Lumière : Mi ombragé, ombragé
Floraison : Avril, mai
Couleur des fleurs : Mauve, violet ou blanc.
Hauteur minimum : 10 à 15 cm (feuillage)
Hauteur maximum : 20 à 30 cm (fleurs)
Largeur : 20 cm
Taux de plantation au m² : jusqu’à 25 plants
Humidité : sol frais, sans eau stagnante
pH : 6 à 7.5
Habitat : Bois riches, érablières.
Avantages : Floraison hâtive, bonne longévité.
Se cultive en compagnie de: Aquilegia canadensis, Arisaema triphyllum, Asarum canadense, Dicentra cucularia, Sanguinaria canadensis, Trillium grandiflorum.

L’hépatique à lobes aigus n’est ni commune ni caractéristique d’une communauté végétale particulière, mais c’est une plante adorable que l’on est toujours heureux d’apercevoir en for’t ou de cultiver au jardin. Un bijou qui rend heureux!