Lorsque vient le temps de planifier des plantations, que ce soit pour un projet de naturalisation ou d’aménagement paysager, et que l’on souhaite obtenir un effet le plus naturel possible, toutes les conventions de design traditionnel tombent en désuétude. Le vocabulaire même du design paraît archaïque et inadéquat. Des plantations d’aspect authentique ne peuvent faire appel aux notions de base de la composition que sont l’harmonie, l’équilibre, le rythme, l’ordre, la structure ou même l’esthétisme. À la place, il faut faire appel à des notions bien éloignées de la composition artistique et travailler davantage en terme d’écosystèmes, d’habitats, de distribution, de strates, d’associations, de communautés, etc. Loin de constituer un ensemble désorganisé, le paysage naturel est d’une complexité inégalée qu’il est difficile de reproduire. En tant qu’aménagiste, certaines lignes directrices peuvent néanmoins vous appuyer lors de votre travail de conception. L’essentiel des éléments à considérer peut se regrouper en trois grands thèmes, soit : la sélection, la distribution et la succession.
Sélection
La sélection des espèces et des spécimens qui seront utilisés revêt une importance de premier plan. Naturellement, la nature abhorre la simplicité et se tient bien à l’écart de l’idée de monoculture. Tout se joue dans la diversité. Alors plutôt que de choisir quelques espèces, il faudra en considérer bien davantage. Bien souvent, il est utile de se baser sur un habitat modèle. Certains habitats peuvent s’avérer une inspiration efficace pour réaliser des plantations d’aspects naturels. On recommande de procéder d’abord au choix d’une espèce maîtresse, bien souvent il s’agit d’une espèce d’arbre. Par exemple, pour un projet particulier, il pourraît s’agir du pin blanc (Pinus strobus). L’espèce maîtresse peut être déjà présente sur le site, ou si elle est absente, les conditions s’y prêtant, on peut en faire l’espèce maîtresse du projet Il importe ensuite de faire le choix d’une espèce dominante. Celle-ci diffère de l’espèce maîtresse au sens ou elle domine en nombre. Dans l’exemple qui nous concerne, il pourraît s’agir du quatre-temps (Cornus canadensis). Cette petite espèce peut se retrouver en bien plus grand nombre que le pin blanc dans l’habitat, mais elle n’a pas la même importance déterminante sur l’ensemble de l’habitat. Ensuite, il faut procéder aux choix d’espèces complémentaires, celles qui apporteront de la diversité à la composition. Dans notre exemple, on songe à des espèces telles que le thé-des-bois (Gaultheria procumbens), l’épigée rampante (Epigea repens), la chimaphile à ombelles (Chimaphilla umbellata), de même qu’au kalmia (Kalmia angustifolia) et au bleuet (Vaccinium angustifolium). Ces espèces seront utilisées de façon plus ponctuelle, mais viendront ajouter une touche de variété à l’ensemble de la plantation. Au chapitre de la sélection, il importe de considérer également les spécimens et non seulement les espèces qui seront utilisés. Ainsi, il est très important de varier l’âge des sujets ligneux qui seront utilisés. Des arbustes ou des arbres, tous du même âge et du même calibre, ne viennent en rien procurer un effet naturel à une plantation. Optez plutôt pour des sujets de calibres et de dimensions variés et même pour des sujets présentant certaines imperfections quant à leur port.
Distribution
Autre thème d’importance dans la création de plantations d’aspect naturel, la distribution consiste à déterminer de quelle façon seront positionnées les espèces sélectionnées. Les plantations d’aspects naturels ne sont pas des ensembles anarchiques. Bien que l’on puisse parfois faire appel à une distribution aléatoire pour certaines espèces ou certaines portions du site, il est bon de travailler à partir de deux ou trois structures de distribution. La notion d’agrégation en est une d’importance. Il faut être en mesure de déterminer le degré de concentration des spécimens d’une même espèce dans la nature afin de le reproduire dans le projet. Certaines espèces poussent d’une façon isolée, alors que d’autres sont très grégaires et poussent en groupes serrés. Sachez déterminer pour chacune des espèces que vous souhaitez utiliser ce taux d’agrégation. Cela peut se faire par l’observation d’habitats naturels ou en consultant des botanistes, biologistes ou autres gens de terrains. Ensuite, il est pertinent de prendre en considération les facteurs d’influence qui auront un effet sur le positionnement des espèces. Par exemple, dans un site soumis aux vents, les espèces sont souvent distribuées selon un modèle à noyau décentré où un spécimen principal sera plus ou moins entouré de spécimens de plus faibles dimensions selon la direction des vents dominants. Il est possible de reproduire de tels phénomènes lors de la plantation d’espèces arbustives notamment. L’effet de bordures est également déterminant. Ainsi, dans un habitat donné, les espèces qui se retrouvent au centre de l’habitat ne sont pas toujours les mêmes que celles qui se retrouvent en périphérie. Ceci peut fournir des pistes dans le positionnement des plantations.
Succession
Finalement, pour réussir des plantations d’aspect naturel, il convient de se pencher sur le phénomène de succession. Les habitats naturels changent à travers le temps. Les efforts d’aménagement sont quant à eux bien souvent des efforts de fixité. Les habitats sont sujets à des variations saisonnières tout autant que des variations de longue durée. Il est facile pour un aménagiste de penser en fonction de variations saisonnières. La plantation de bulbes printaniers en est certes l’exemple le plus fréquent. Au chapitre des espèces sauvages, un effort dans la sélection des espèces peut permettre de reproduire ces effets temporaires qui témoignent de niches écologiques complémentaires. Autre phénomène d’importance pour réussir des plantations d’aspect naturel : le contrôle des espèces indésirables. Tout espace laissé vacant sera la cible d’espèces ubiquistes provenant de l’extérieur du projet, ou même du site en tant que tel. La présence des ces espèces peut complètement contrecarrer vos efforts de planification. Le contrôle de ces espèces est souhaitable durant les phases initiales du projet. Mais il est préférable de plutôt limiter les zones vacantes lors de la conception en plantant massivement, surtout des espèces herbacées, ou en utilisant des paillis organiques. Dans l’exemple cité plus haut, il conviendrait de placer un paillis composé majoritairement d’aiguilles mortes de pins blancs. Ceci aurait pour effet de limiter les possibilités d’implantations d’espèces indésirables. De plus, cela aurait un effet accélérant pour l’implantation d’une micro-faune adaptée au site.
L’observation : votre meilleur outil
Ce ne sont là que quelques clés pour la réalisation de plantations d’aspect naturel. Les phénomènes écologiques qui peuvent nous inspirer lors de la conception sont nombreux. De façon générale, l’observation des communautés et des habitats naturels est l’exercice qui nous fournit le plus d’informations. Sachez tirer profit de vos ballades en forêt ou à la campagne pour vous inspirer, ou encore consultez des spécialistes en environnement, des biologistes ou des botanistes.