BLOGUE DÉTAIL

15 août 2004

Aiglon Indigo

Bleuets, abeilles et fleurs indigènes au Saguenay

Bulletin technique

Étiquette

Le transport du pollen des étamines vers le pistil est assuré par divers agents extérieurs. Parmi ceux-ci, on note des rongeurs, des marsupiaux, des lémurs, des singes, des oiseaux, des chauve-souris et parfois l’eau. Cependant, les plus importants demeurent le vent et les insectes, en particulier les abeilles et les bourdons. Dans plusieurs cultures maraîchères, on installe temporairement des ruches d’abeille domestique durant la floraison pour augmenter le pourcentage de pollinisation. Au Québec, elle est utilisée entre autres dans les vergers de pommier, dans les fraisières et dans les framboisières. Pour ces produits, l’abeille augmente la production de fruit mais joue également un rôle important sur la qualité du fruit en diminuant les malformations. Par contre, pour le bleuet, la visite d’une abeille est essentielle à la formation du fruit. Selon certains chercheurs du Maine, l’ajout d’une ruche par acre augmente la production de bleuet de 1000 lbs par acre. Toutefois, avec l’arrivée du parasite de l’abeille domestique, le Varoa, la pollinisation des fleurs du bleuet a été considérablement réduite au point que le rendement de cette culture est insuffisant. Ce parasite est maintenant présent dans 50 % des ruches du Québec qui en compte environ 35 000. Labonté, un apiculteur bien connu pour son miel Labonté, a constaté l’an passé une perte de cheptel d’abeilles de 80 %. Une équipe du ministère de l'Agriculture des P’cheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) dirigée par l’agronome Joseph Savard a donc décidé de se tourner vers les pollinisateurs indigènes pour assurer une partie de la pollinisation du bleuet. Pour maintenir les pollinisateurs indigènes dans les bleuetières, il est nécessaire de leur fournir des végétaux en fleur tout au long de l’été. Or, dans les bleuetières de grande surface, comme celles du Saguenay-Lac St-Jean, peu d’espèces végétales sont en inflorescence en dehors de la période de floraison du bleuet qui dure environ trois semaines en juin. Le MAPAQ a donc entrepris une étude visant à implanter des parcelles de butinage dans la bleuetière pour favoriser la présence de populations d’abeilles indigènes tels les Colletidae, Andrenidae, Halictidae, Megachilidae et Bombinae. Dans ces parcelles, il s’agit de choisir des espèces végétales qui fleurissent avant ou après le bleuet. Dans les parcelles implantées précédemment, le Trèfle alsyke (Trifolium hydridum) a été utilisé car il fleurit après le bleuet jusqu’au première gelée et semble être bien apprécié des bourdons et autres pollinisateurs indigènes. Cette année, le MAPAQ ont ensemencé les parcelles avec l’épilobe à feuilles étroites (Epilobium angustifolium) et Verge d’or du Canada (Solidago canadensis), le premier fleurissant en juillet et le second, fin juillet et août. C’est un choix judicieux, car ces deux espèces indigènes apparaissent naturellement dans les parcelles de trèfles et tolèrent bien les sols acides des bleuetières. Espérons que la combinaison plantes indigènes et pollinisateurs indigènes permettra de maintenir un bon rendement de production d’un petit fruit si cher aux québécois. Bonne rentrée France Bourgouin