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15 avr. 2014

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Biodiversité en milieu urbain, quelques stratégies gagnantes

Bulletin technique

Étiquette

Encore aujourd’hui, trop de professionnels du paysage et de l’aménagement se cantonnent dans des rôles ornementaux favorisant des préoccupations esthétiques au détriment de considérations écologiques. L’avenir de l’aménagement urbain réside pourtant dans l’intégration parfaite de ces deux dimensions en toute cohérence. Esthétique et biodiversité ne sont aucunement en opposition et plusieurs stratégies relativement simples peuvent favoriser l’émergence d’une esthétique écologique.

Le terme « biodiversité » a été créé dans les années 1980. De nos jours, on s’entend pour dire que le terme désigne la variété et la diversité du monde vivant. La biodiversité se subdivise en trois niveaux.

• la diversité génétique se définit comme étant la variabilité des gènes au sein d’une même espèce (diversité intraspécifique);

• la diversité spécifique correspond à la diversité des espèces (diversité interspécifique);

• la diversité écosystémique correspond à la diversité des milieux présents sur Terre et des interactions des populations naturelles avec leur environnement physique.

Les professionnels qui interviennent sur le paysage ont un impact significatif sur la biodiversité et il est possible d’intégrer des stratégies favorisant la biodiversité à toutes les étapes du processus de conception d’un projet d’aménagement. Que ce soit lors de la programmation ou de la planification d’un projet, de sa conception, de sa mise en place et même, par la suite, lors de l’entretien. Naturellement, avant de songer à mettre en place de nouveaux espaces de biodiversité, il importe d’abord de travailler à conserver, préserver et bonifier les milieux naturels existants. Toutefois, lorsque l’occasion se présente de créer de nouveaux aménagements en milieu urbain, la biodiversité de même que les nombreux services écologiques qui y sont associés, peuvent constituer un leitmotiv des plus puissants. Voici un aperçu de stratégies efficaces permettant de favoriser la biodiversité en milieu urbain.

Conception

Connecter

Au stade de la conception d’un projet, les décisions de design qui influencent la forme et la structure doivent se prendre en maximisant la connectivité entre les espaces verts. Les espèces animales profiteront davantage d’un réseau de massifs plantés reliés par des haies que d’une multiplicitéde massifs isolés. En milieu urbain, il peut être intéressant d’utiliser certains lieux résiduels pour parvenir à cette fin, par exemple, l’aménagement d’espaces extérieurs à vocation récréative comme des terrains de sport offre l’occasion de consolider la biodiversité si des espaces naturels sont préservés sur le pourtour des sites. Maximiser / C’est également à ce stade qu’il faut tenter de maximiser la taille des espaces plantés afin de diminuer ce que l’on qualifie d’effet de bordure. En effet, à forme similaire, les sites de petite taille ne contiennent aucun habitat d’intérieur, alors que les sites de taille importante maximisent l’habitat intérieur et minimisent l’effet de bordure. Plusieurs espèces animales et végétales requièrent des espaces intérieurs loin des interférences des utilisateurs ou des impacts des espaces ouverts. En terme de design efficace, la forme optimale se rapproche du carré ou du cercle, car elle minimise l’effet de bordure. Multiplier / La végétation dont la structure est complexe supporte davantage d’espèces qu’une végétation simplifiée. La complexité peut d’abord se mesurer en terme de strate végétale, ainsi un aménagement qui fait appel à l’ensemble des strates de végétation (mousses, plantes herbacées, arbustes, arbres) sera nettement plus complexe et par le fait même attrayant pour la faune. Par exemple, l’aménagement des terre-pleins et des banquettes de rues peut également intégrer des arbres, des arbustes et des plantes herbacées de manière à ce que les trois strates de végétation soient présentes. La complexité se décline aussi dans le choix des espèces, des genres et des familles botaniques. Plus un projet comprend de familles botaniques, plus grand sera le nombre d’organismes qui en bénéficiera. Refuser les monocultures! Ne vous limitez pas à choisir en fonction des genres botaniques et encore moins des cultivars! Ajouter un niveau de sélection supérieur ouvre d’immenses possibilités en terme de biodiversité.

Réalisation

Rapprocher

Bien qu’il soit parfois difficile dans de grands projets de spécifier des sources précises d’approvisionnement pour les végétaux, lorsque cela est possible, les avantages sont considérables. Par exemple, l’origine des semences d’un plant est un facteur qui influence l’adaptabilité de cette plante aux conditions locales. Une espèce indigène au Québec, mais dont les semences proviennent d’Europe ou du Sud-Ouest américain, ne sera jamais aussi bien adaptée qu’une plante issue de semences locales. Il est donc préférable de s’approvisionner auprès de producteurs qui travaillent avec des semences locales. De plus, cela protège le bagage génétique local en évitant l’introduction de gènes différents dont on ignore l’adaptabilité. Questionnez vos fournisseurs pour en savoir davantage.

lobca-PMV

la lobélie cardinal est un bon exemple de plante indigène beaucoup plus rustique à partir de semences provenant du Québec.

Entretien

Permettre

Afin d’obtenir des aménagements complexes et résilients, rien de tel que de leur permettre de se transformer. Nos espaces verts et nos jardins sont soumis à une tutelle excessive qui les maintient dans un perpétuel état de dépendance. De plus, les coûts liés à cet entretien continuel sont considérables et de plus en plus remis en question. Afin de favoriser la biodiversité, il est judicieux de faire des choix de végétaux en fonction des conditions d’implantation, mais de permettre l’évolution. Par exemple, laisser pousser l’herbe dans certaines sections des parcs gazonnés puis laisser libre cours à l’établissement des arbustes et des arbres par la suite. Les lieux qui résulteront d’une telle approche constitueront des aménagements nettement plus diversifiés et beaucoup moins fragiles. Cela ne veut pas dire d’abandonner nos parcs et jardins, mais plutôt d’encadrer leur évolution.   Une multitude d’autres stratégies probiodiversité existent et nous travaillons actuellement à les recenser. Nous espérons d’ailleurs les promouvoir au fil des prochains bulletins techniques. Par contre, il n’est aucunement nécessaire de tout changer pour obtenir des bénéfices et l’adoption de l’une ou l’autre de ces stratégies constitue déjà une avancée notable. À vous de voir si vous connecterez, maximiserez, multiplierez, rapprocherez ou permettrez!