BLOGUE DÉTAIL

15 août 2007

Aiglon Indigo

Aménager une bande riveraine près d’un lac

Bulletin technique

Étiquette

Une des richesses importantes du Québec est sans contredit ses nombreux lacs et cours d’eau qui foisonnent partout sur notre territoire. Malheureusement, plusieurs de nos lacs montrent des signes de vieillesse prématurée. Les rives dénudées ne pouvant freiner l’eau de ruissellement, celle-ci se jette alors directement dans nos lacs en apportant sédiments et nutriments qui favorisent la croissance des algues et des plantes. De plus, sans une végétation qui crée de l’ombrage, l’eau près de la rive se réchauffe, la concentration d’oxygène diminue ce qui accentue le problème des cyanobactéries. Si rien n’est fait, le rivage se vide éventuellement de ses organismes vivants.

Or, le rivage, incluant le littoral, présente une grande biodiversité. La bande riveraine, zone de transition entre les écosystèmes aquatiques et terrestres, permet d’abriter et de nourrir plusieurs espèces de mammifères, la moitié des espèces d’oiseaux, et le trois quarts des espèces de reptiles et d’amphibiens (Goupil, 1998). De plus, près de 90% des espèces animales qui habitent un lac, sont observées dans la zone littorale pour s’abriter, frayer ou chercher de la nourriture (Cottage Life, 2004). Un lac en santé est un lac où il y a de la vie. Et, pour préserver cette vie, il faut protéger les habitats fauniques.

Il existe plusieurs documents bien étoffés sur les techniques d’aménagement des bandes riveraines (voir liste de références). Le présent bulletin présentera plutôt le rôle de chaque zone (certains en identifient trois, d’autres quatre si l’on inclut le littoral) et une liste d’espèces végétales appropriées pour chacune d'entre elles.

Le rivage se divise en quatre parties (Cottage Life, 2004) :

    • 1) La zone littorale : zone où commence l’eau jusqu’à ce que le soleil n’éclaire plus le fond
    • 2) La zone rivage : zone où la terre et l’eau se touche
    • 3) La zone riveraine : zone inondée périodiquement
    • 4) La zone sèche : zone jamais inondée

La zone littorale est un lieu riche en vie aquatique. Les invertébrés et les canards viennent s’y nourrir, les poissons s’y reproduisent et d’autres s’y abritent. Les troncs d’arbres morts partiellement submergés laissés sur place attirent plein de petits organismes que savourent les tortues, les écrevisses et les petits poissons. Ces arbres permettent également aux tortues de se dorer au soleil pour augmenter leur température interne. Cette zone ne doit donc pas être aménagée et les activités humaines doivent être minimisées. Les embarcations devraient alors être ancrées en eau profonde afin de diminuer la pollution de l’eau dans cette zone. Vous pouvez vous procurer des plantes aquatiques chez les producteurs Iris d’eau (819-293-2240) et À fleur d’eau (450-347-0931).

La zone rivage correspond à la zone où un ensemble de plantes herbacées, arbustes et arbres permettront, par leurs racines et leur tige, de lutter contre l’érosion de la berge par le vent, les vagues et la pluie. Certains animaux terrestres viennent s’y nourrir, d’autres y sont de passage pour s’abreuver au lac et d’autres, comme les canards, y installent leur nid. Les arbres et les arbustes sont importants pour faire de l’ombre à la zone littorale et pour une meilleure stabilisation de la berge en raison d’un enracinement plus profond. Les plantes herbacées possèdent un réseau racinaire moins profond mais elles jouent un rôle essentiel pour freiner les sédiments et l’absorption des nutriments.

Une berge aménagée par un mur de retenue a un impact négatif sur l’abondance et la diversité des espèces végétales aquatiques de la zone littorale. Il est préférable de détruire le mur et de remodeler la berge en réalisant une pente de 25°(Cottage Life, 2004). Une toile de géotextile déposée pour retenir le sol et recouvert par des pierres (ou le mur concassé) permet aux plantes aquatiques de s’installer graduellement et à la vie aquatique de revenir dans la zone littorale. S’il n’est pas possible de remodeler la berge, une rangée de Parthenocissus quinquefolia plantée derrière le mur permettra à cette vigne rampante de cacher le mur et de refroidir l’eau. Les oiseaux sont attirés par ses fruits qui ne sont toutefois pas comestibles pour nous. Elle tolère l’ombre, mais nécessite un sol humide.

Une berge de sable n’est pas recommandée comme aménagement. Entraîné vers l’eau, le sable recouvrira le fond de l’eau où l’on retrouve les oeufs de poissons, d’amphibiens et autres organismes invertébrés. Une plantation de Leymus arenarius et de Lathyrus japonicus var.maritimus permet d’obtenir un couvert végétal qui limite l’érosion de votre plage. Il est aussi possible d’ajouter de la matière organique recouverte d’une toile de jute pour retenir le sol afin de planter des espèces nécessitant un sol plus riche. Parmi les vivaces, Anemone canadensis, Asclepias incarnata, Desmodium canadense, Eupatorium maculatum, Eupatorium perfoliatum, Helenium autumnale, Hypericum ascyron, Iris versicolor, Lobelia cardinalis, Mentha arvensis, Symphyotrichum puniceum, Triglochin maritima et Verbena hastata constituent des bons choix. Plusieurs graminées sont aussi très bien adaptées à ce milieu, soit Calamagrostis canadensis, Carex bebbii, Carex crinita, Carex grayii, Carex lurida, Carex stipata, Dichanthelium clandestinum, Juncus effusus, Phalaris arundinacea, Sirpus atrovirens, Scirpus cyperinus, Scirpus lacustris, Typha angustifolia et Typha latifolia.

Une berge bordée par une pelouse doit également être remplacée par des espèces plus appropriées. Les eaux de ruissellement sont très peu freinées par une pelouse (55% vont directement au lac (Cottage Life, 2004)) et les racines peu profondes de celle-ci retiennent peu le sol. De plus, si un apport d’engrais phosphaté et des pesticides sont appliqués sur la pelouse, une partie de ces substances est entraînée vers le lac, contamine les organismes végétales et animales et favorise la croissance des algues. Une méthode simple pour réaménager une pelouse est de laisser pousser une bande de gazon près de la berge tout l’été. Les espèces indigènes s’installeront graduellement. Toutefois, une revégétalisation naturelle peut prendre jusqu’à 7 ans avant d’obtenir une bande riveraine qui fera de l’ombre (Feller 1981, cité dans un document web du site du Centre de conservation des sols et de l’eau de l’est du Canada). Pour obtenir des résultats plus rapides, des plants peuvent être plantés à travers le gazon. L’ajout de paillis diminue l’érosion du sol après la plantation. Consultez les deux listes précédentes pour choisir les espèces végétales les plus adaptées à ce milieu.

La zone riveraine et la zone sèche constituent les zones tampons qui filtrent les sédiments et nutriments, dont le phosphore. Le feuillage des plantes herbacées, arbustes et arbres dans la strate basse, de même que tous les résidus du sous-bois freinent l’eau de ruissellement qui s’infiltre alors dans le sol. Les arbres et les arbustes diminuent l’impact des pluies. Cette zone procure également de nombreux habitats fauniques.

Plus cette bande est large, plus les sédiments et les nutriments sont absorbés par le sol. Cottage Life (2004) mentionne que pour les lacs à eaux froides, une bande riveraine de 30 mètres est nécessaire, comparativement à 15 mètres pour un lac à eau tempérée. Si le terrain est en pente vers le lac, la bande doit être plus large en raison d’un écoulement plus intense. Pour la zone riveraine soumise à des crues périodiques, consultez les deux listes précédentes. Les espèces suivantes peuvent également être implantées : Andropogon gerardii, Carex intumescens, Glyceria canadensis, Glyceria grandis, Glyceria striata, Hierochloe odorata, Leersia oryzoides, Matteuccia struthiopteris, Onoclea sensibilis, Rubus odoratus, Smilax herbacea, Spartina pectinata et Vitis riparia. Pour la zone sèche, le choix des espèces est déterminé selon le type de sol et l’écosystème environnant. Par exemple, la présence de conifères rend le sol acide et nécessite alors des plantes qui tolèrent ce type de sol.

Robert Lapalme, spécialiste de la naturalisation des berges, soulignait à la radio cette semaine que tous les aménagements et travaux autour de nos habitations et autres bâtisses ont un impact sur la quantité d’eau de ruissellement qui se jette dans les lacs, cours d’eau et conduits pluviaux. Par conséquent, tout ce qui freine cette eau, comme les toits verts, les bandes riveraines et les bassins de rétention, diminue l’apport de sédiments et nutriments dans nos lacs. Une entrée de cours en gravier ou en pavée est préférable à de l’asphalte ou du béton qui n’absorbe pas l’eau. L'organisme environnemental estrien Rappel a d’ailleurs produit un excellent guide sur les bonnes pratiques à utiliser sur les sites de construction.

L’aménagement d’une berge demande une bonne préparation et un choix judicieux de plantes herbacées, d’arbustes et d’arbres. Parfois, il est nécessaire d'utiliser des techniques de génie végétales pour stabiliser des pentes très abruptes. N’hésitez pas à demander l’aide de professionnels. Plusieurs entreprises d’aménagement paysager offrent maintenant des conseils pour restaurer les berges.

Bonne plantation !

Références
Centre de conservation des sols et de l’eau de l’est du Canada. Les bandes riveraines et la qualité de l’eau : Une revue de la littérature. (http://www.ccse-swcc.nb.ca/publications/francais/bandes.pdf) Cottage Life. 2004. L’ABC  des rivages. Un guide d’aménagement des rivages pour propriétaires de chalet. P’ches et Océans Canada. Goupil, J-Y. 1998. Protection des rives, du littoral et des plaines inondables†: Guide des bonnes pratiques. Service de l’aménagement et de la protection des rives et du littoral. Québec : MDDEP. Publication du Québec Rappel. 2001. Rive et Nature. Guide de naturalisation. Rappel. 2003. Lutte à l’érosion sur les sites de construction ou de sol mis à nu. Guide des bonnes pratiques. Société de l’arbre du Québec (SODAQ) et Association québécoise des producteurs en pépinière (AQPP). Recueil de sites de restauration végétale au Québec. France Bourgouin